Être son propre professeur de yoga

Je ne l’ai jamais caché : j’ai commencé le yoga seule.
Si je me suis orientée vers le yoga, c’était d’abord pour améliorer mes compétences en arts martiaux (et surtout la souplesse), puis pour soulager mon dos.
Et j’ai eu ce qu’on appelle le « yoga buzz ».
J’aimais bien suivre Adriene de Yoga with Adriene, et son challenge 30 jours de yoga tous les mois de janvier m’ont vraiment permis de me trouver une routine, puis une vocation.
Je ne pratiquais en studio qu’occasionnellement, lorsque je partais à Paris ou à Lyon.
Mais 99,9 % de ma pratique a débuté sans professeur, en tout cas.

Je sais les questions que ça suscite. On me les a posées. Je me les suis posées.

  • Est-ce que le yoga pratiqué seul est de bonne qualité ?
  • Est-ce qu’on ne risque pas de se blesser ?
  • Comment être sûr qu’on fait bien telle ou telle posture ?
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Yoga à la maison versus en studio

Cependant ces questions se posent aussi quand on est physiquement encadrés. Mais comme on remet notre pratique sur les épaules du « professeur », on évite de se les poser :
Le yoga que vous pratiquez avec un professeur est-il de bonne qualité ?
D’ailleurs, c’est quoi un yoga « de qualité » ?

Les blessures n’attendent pas à la porte des studios !
Elles peuvent arriver n’importe quand, même sous l’œil vigilant d’un professeur.
D’ailleurs, certains professeurs peuvent parfois même être source de danger, en vous empêchant d’être à l’écoute de votre corps.
Un professeur qui sait mieux que vous ce que vous ressentez n’est pas un excellent professeur, contrairement à ce qu’on pourrait penser. C’est un professeur en carton. Il est juste prétentieux.

Quant à la question sur les postures, vous connaissez mon avis sur la question. J’en parle sur l’article Accepter d’échouer, et Le vrai yoga n’est plus.

Guide versus Professeur

En Stråla Yoga, on ne parle jamais de professeur de yoga, mais de guide : c’est lui qui guide la classe, qui guide le flow, d’où le terme de Stråla Guide.
Comme un guide de montagne, il fait partie de l’expérience, il bouge avec vous, vous attire dans la danse.
Cela nous met aussi sur un pied d’égalité et non plus dans une “relation d’autorité” de quelque sorte.

Le professeur dans cette histoire, c’est vous, en écoutant votre corps et vos ressentis.
Votre meilleur professeur est en vous.
Et voici quelques idées pour le stimuler, que vous pratiquiez dans un cours collectif, face à une vidéo, ou simplement en créant votre propre flow.

Écoutez votre corps

Qui de mieux placé que vous-même pour savoir ce que vous ressentez ?
Je sais que, que l’on débute ou qu’on ait quelques années d’expérience, on préfère faire confiance au professeur : il a de l’expérience, des centaines d’heures de formation, des élèves.
Il sait forcément.

Eh bien… non.

Il est important de se rappeler qu’on est tous différents, avec des expériences différentes, et qu’on ne sera pas tous affectés de la même manière par une posture ou un flow.
Le professeur peut savoir ce que ressentent en général ses élèves, mais il ne peut pas ressentir pour vous.
Il n’est pas à votre place.

C’est parfois en ça qu’un professeur peut être plus dangereux qu’une pratique en solitaire : si vous lui accordez trop de confiance et qu’en plus de ça, il prétend tout savoir, vous n’êtes plus protégé.
Un professeur peut vous guider, mais il n’est pas et ne sera jamais dans votre corps.

Avant d’écouter le professeur, écoutez-vous vous-même.
Si vous ressentez des douleurs, ne tentez pas le diable : modifiez la posture, ou attendez la suivante.

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Pratiquez Ahiṃsā, la non-violence

Ahimsa est certainement le Yama le plus connu, celui qu’on oublie le moins.
Quand on pense à Ahimsa, la plupart des yogis pensent à la non-violence les uns envers les autres, mais aussi envers les autres espèces (ce qui encourage le végétalisme chez de nombreux yogis).
Mais on oublie bien vite la non-violence envers nous-mêmes, qui est bel et bien réelle, et sur laquelle on ferme facilement les yeux.
Elle existe sous différentes formes :

  • quand on n’aime pas une partie de nous ;
  • quand on s’insulte soi-même ;
  • quand on ne fait pas attention à ce qu’on mange ;
  • quand on ne fait pas attention à ce qu’on demande à notre corps ;
  • quand on ne soigne pas notre corps blessé.

Sur le tapis, la violence est omniprésente, malgré ce Yama qu’on s’efforce de suivre.
On en veut à notre corps de ne pas savoir faire telle posture, de ne pas progresser suffisamment vite.
Parfois, on a honte de soi… Et on se pousse, on insiste, souvent jusqu’à la blessure.

L’écoute de son corps passe aussi par la non-violence et le respect de ce qu’il est capable de faire ou non.
Écouter son corps, c’est adapter la posture à son corps, et pas le contraire.

Faites-vous confiance

Que vous décidiez de suivre une vidéo en ligne ou d’inventer votre propre flow, la confiance est la clé.
Écoutez votre instinct et laissez votre corps bouger là où il en a besoin.
Vous n’avez pas besoin d’inventer un flow d’une heure, ni même de vous forcer à faire quelque chose de symétrique.
Faites confiance à votre corps pour vous guider là où il en a envie.

L’écoute de soi, la non-violence et la confiance en soi sont intimement liées.
Votre confiance se développe en apprenant à vous écouter, en vous abstenant de vous faire violence, d’insister.
Ça ne se fait pas en un jour : ça demande de la pratique. Mais plus le temps passe, et plus vous apprenez à vous connaître et à vous faire confiance.

Avant d’acquérir votre confiance en vous, votre esprit et votre corps risquent de rester déconnectés quelque temps, de lutter l’un contre l’autre, jusqu’à ce qu’ils apprennent à se maîtriser.
Votre esprit de compétition (cf. point suivant) peut alors mettre à rude épreuve votre corps qui a besoin de temps avant d’aller plus loin.
C’est à votre esprit de respecter votre corps, jusqu’au moment où les deux seront en parfaite harmonie, où vous serez pleinement connectés à vous-même et où vous pourrez vous faire confiance.
La confiance en soi et le respect de soi sont interconnectés.

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Asteya : Soyez honnête envers vous-même

Se faire confiance, oui, mais se mentir, non. L’honnêteté envers soi-même est indispensable.
Asteya est le quatrième Yama, traduit littéralement par le « non-vol », est en réalité plutôt lié à l’honnêteté, envers les autres, mais aussi envers soi.

Dans notre société, on est constamment en compétition, que ce soit avec les autres ou avec nous-mêmes.
Mais le yoga n’est pas un sport – contrairement à ce qu’on pourrait penser aux premiers abords.

Évidemment, Internet, Instagram et l’accès au yoga largement facilité par le numérique nous poussent à nous comparer et à aller plus loin. Ne vous voilez pas la face, vous savez ce que je veux dire et je suis passée par là aussi. Parfois, ça me titille encore un peu.
Mais soyons honnêtes : on ne sait pas faire une posture ? Et alors ? Ça ne nous rend pas moins dignes.

Une nouvelle fois, il est essentiel de se souvenir qu’on est tous différents. Je ne le répéterai jamais assez.
J’ai vu cette métaphore sur un blog un jour : imaginez que vous êtes chacun un fruit différent. On ne compare pas une banane avec une pêche.
Alors, si votre voisin de tapis arrive à faire telle posture, et pas vous, arrêtez de le regarder : préoccupez-vous plutôt de porter votre attention sur ce que vous ressentez. Vous n’êtes pas là pour regarder ce que font les autres, mais plutôt pour un moment d’introspection. Fermez les yeux si c’est nécessaire.

Bien sûr, la posture que vous ne savez pas faire peut être un objectif à atteindre (même si vous savez que vous ne serez pas plus heureux une fois que vous la maîtriserez).
Mais ne vous forcez pas à la faire pendant un cours de yoga, en espérant vous impressionner ou impressionner les autres.

Pour être honnête envers vous-même, il est essentiel de prêter particulièrement attention à ce que vous ressentez : vous êtes le mieux placé pour vous dire de ralentir, d’adapter la posture à votre corps – ouais, à l’image de Cendrillon et sa chaussure de vair, d’adapter le flow à vos capacités du moment.

Abordez plutôt le yoga comme un voyage.

Wu Wei : bougez sans forcer

Wu Wei signifie « agir sans forcer », c’est-à-dire suivre avec le mouvement sans effort.
Et c’est exactement ce qu’on cherche en Stråla et en Yin Yoga.
Pratiquer le Wu Wei, se laisser porter parce que ce que vous ressentez est une manière de lâcher prise, d’être en paix avec soi-même.

Sur le tapis, il est essentiel de se détacher de l’apparence physique du yoga, pour se recentrer sur le ressenti intérieur.
Il est nécessaire pour cela de laisser tomber les règles d’alignements : ce qui compte plus que tout c’est ce que vous sentez quand vous êtes dans une posture.
En suivant certaines règles d’alignement, vous pouvez ne plus être en phase avec vous-même. Mais en suivant votre ressenti et votre énergie, votre corps saura se placer là où il se sent bien, et éventuellement là où il aura envie de rester un peu plus. Il s’agit de l’art de « ne pas faire ». Il s’agit d’aller avec le flow.

Photo by Mathilde Langevin on Unsplash

Image d’en-tête by tabitha turner on Unsplash

Auteur : Manon

Professeur de Stråla Yoga (500h) et de Yin Yoga (100h) à Brignoles et rédactrice web le reste du temps, assoiffée de nouvelles connaissances sur le yoga.

4 thoughts on “Être son propre professeur de yoga

  1. Merci Manon
    J’adore tes articles et les mots me manquent pour te dire ma gratitude.
    Love u❤️
    Cathou

  2. super article Manon , c’est ce que j’aime dans ta manière de nous guider: tu nous dit souvent de faire ce qui nous fait du bien ou envie , bon je rêve encore d’avoir ta souplesse et ton équilibre , j’ai toujours espoir d’y arriver car même sans être très régulière, ni forcer j’ai fait des progrès 😛

    1. Merci Claire pour ton retour !
      Et tu peux être fière de toi pour tes progrès et ta régularité ! En tout cas, moi, je suis fière de toi 😉

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